Maladie ou dernier passage ?
Au fil du temps, nous avons fini par parler entre nous de la « règle de la tournée ».
Violette ne se précipite pas auprès d’un résident qui souffre simplement d’une forte fièvre.
Elle ne s’intéresse pas particulièrement à quelqu’un qui vient de se fracturer la hanche.
Elle ne semble pas réagir à une simple modification de traitement.
Son comportement apparaît plutôt lorsque nous observons les signes d’une fin de vie imminente.
Nous avons donc commencé à comparer ce que nous observions avec les données médicales.
Les constantes peuvent fluctuer.
La saturation en oxygène peut diminuer.
Les dossiers médicaux peuvent montrer une dégradation progressive.
Mais Violette semble parfois arriver avant même que nous ayons pleinement conscience de la gravité de la situation.
Nous avons cessé de considérer sa présence comme une simple curiosité.
Sans prétendre comprendre ce qu’elle ressent réellement, nous avons commencé à la prendre au sérieux.
Lorsqu’elle apparaît devant une porte, nous savons désormais qu’il est peut-être temps de nous asseoir.
De prendre une main.
De parler doucement.
Et surtout, de ne pas laisser cette personne seule.
Les familles comprennent
Les familles réagissent de différentes manières à Violette.
Pour certaines, la voir apparaître sur le lit est comme recevoir une confirmation silencieuse.
Les médecins ont parfois expliqué la situation avec prudence.
Mais lorsque Violette vient s’installer auprès du résident, les proches comprennent que le moment des adieux est peut-être arrivé.
Je me souviens particulièrement de Madame Delorme, une veuve de 83 ans.
Sa fille m’avait confié quelque chose qui m’a profondément marquée.
Elle disait avoir l’impression que Violette et sa mère partageaient une compréhension que nous autres ne pouvions pas atteindre.
Il n’y avait pas de phrases toutes faites.
Pas de promesses inutiles.
Personne ne disait :
« Tout ira bien. »
Il y avait simplement une vieille chatte écaille de tortue, un ronronnement régulier et deux êtres silencieux partageant le même moment.
La fin semblait alors moins effrayante.
Pas parce qu’elle disparaissait.
Mais parce que personne ne semblait devoir l’affronter seul.





