Les derniers mots de Monsieur Chen
Monsieur Chen avait passé ses derniers jours dans un silence presque complet.
Il semblait s’être retiré dans son propre monde.
Son regard restait fixé vers le plafond.
Sa famille lui parlait, mais il répondait rarement.
Puis, durant ses dernières heures, Violette est venue s’installer près de son oreiller.
Longtemps, rien ne s’est passé.
Puis Monsieur Chen a ouvert les yeux.
Il a regardé Violette.
Et il lui a parlé.
Ce furent ses derniers mots réellement cohérents.
Il l’a remerciée d’être restée près de lui.
Sa fille était trop bouleversée pour me rapporter exactement ses paroles par la suite.
Mais elle m’a dit une chose :
son visage avait retrouvé une paix qu’elle n’avait plus vue depuis plusieurs jours.
Violette lui avait offert un dernier lien avec le monde.
Un dernier échange.
Une dernière présence.
La science face à l’inexplicable
Un soir, j’ai discuté de Violette avec la directrice de l’établissement.
À moitié sérieuse, à moitié amusée, je lui ai demandé si nous ne devrions pas contacter une université.
Peut-être qu’une étude pourrait expliquer son comportement.
Peut-être percevait-elle une modification des odeurs corporelles.
Peut-être réagissait-elle à certaines substances chimiques libérées par l’organisme.
Peut-être y avait-il quelque chose que nous ne savions simplement pas encore mesurer.
La directrice m’a regardée quelques secondes.
Puis elle m’a répondu :
« Certaines choses ne sont peut-être pas faites pour être étudiées. Elles sont faites pour être vécues. »
Cette phrase m’est restée.
Ma formation m’avait appris à observer les constantes.
Je pouvais regarder un électrocardiogramme et comprendre qu’un cœur était en train de ralentir.
Je pouvais écouter une respiration avec un stéthoscope.
Mais aucun appareil ne pouvait mesurer ce qui se passait dans une pièce lorsque quelqu’un tenait la main d’un proche pour la dernière fois.
Et Violette semblait comprendre quelque chose que nous ne savions pas nommer.





