La « tournée » de Violette
En temps normal, Violette se comporte comme n’importe quelle chatte.
Elle recherche la chaleur du soleil près des fenêtres orientées à l’est.
Elle se faufile entre les déambulateurs dans la salle à manger.
Elle vient parfois appuyer son corps contre une main lorsqu’un résident lui gratte doucement derrière les oreilles.
Mais, de temps en temps, son comportement change complètement.
Le personnel appelle cela « la tournée de Violette ».
Sa queue reste basse.
Ses pas deviennent lents, réguliers et déterminés.
Elle ignore les résidents qui l’appellent.
Elle refuse parfois les friandises qu’on lui propose.
Elle avance vers une chambre précise.
Et lorsqu’elle arrive devant la porte, elle s’immobilise.
Elle ne gratte pas.
Elle ne miaule pas.
Elle attend.
Pendant six ans, nous avons remarqué le même phénomène.
Lorsque Violette commence sa tournée et choisit une chambre, le résident qui s’y trouve décède généralement dans les vingt-quatre à quarante-huit heures suivantes.
Au début, nous pensions à une coïncidence.
Puis les épisodes se sont répétés.
Encore.
Et encore.
La paix de Monsieur Harrison
Le cas qui m’a le plus bouleversée concernait Monsieur Henri Harrison, un ancien instituteur vivant dans la chambre 14.
Son état s’était progressivement dégradé.
Durant ses derniers jours, il souffrait d’une agitation intense.
Il tirait nerveusement sur ses couvertures.
Ses mains tremblaient.
Il appelait des personnes de son enfance : d’anciens élèves, des frères et des proches disparus depuis longtemps.
Sa famille était présente, mais personne ne savait vraiment quoi faire.
Ils avaient entendu les médecins expliquer que la fin approchait.
Mais prononcer ces mots eux-mêmes semblait impossible.
Lors de ma ronde de minuit, j’ai ouvert la porte.
Violette était déjà là.
Elle s’était glissée près du lit et était blottie contre la hanche de Monsieur Harrison.
Elle ronronnait.
Un ronronnement profond, régulier, presque vibrant.
Et quelque chose avait changé.
Les mains de Monsieur Harrison ne tiraient plus sur les draps.
L’une d’elles reposait calmement sur le pelage de Violette.
Il a tourné la tête vers moi.
Puis il a murmuré :
« Elle sait. »
Sa voix était étonnamment claire.
« Elle n’a pas peur. Elle sait toujours. »
Violette est restée auprès de lui pendant six heures.
Chaque fois qu’il bougeait, elle ajustait doucement sa position.
Peu avant l’aube, Monsieur Harrison s’est éteint.
Sa fille lui tenait la main.
Violette était toujours blottie contre lui.
La pièce ne ressemblait plus à un endroit où la médecine avait échoué.
Elle ressemblait à un lieu où quelqu’un venait de franchir doucement une dernière étape, accompagné jusqu’au bout.





