Je suis parti pendant deux jours.
Je ne voulais pas faire peur à Claire.
Mais mon corps vieillissait.
J’étais fatigué.
Très fatigué.
Quand le gardien de l’immeuble m’a retrouvé derrière le local technique, je n’avais presque plus de force.
Claire est arrivée en courant.
Elle s’est agenouillée devant moi.
— Mon Dieu…
Elle m’a pris contre elle.
Je sentais son cœur battre.
Très vite.
Je l’ai regardée.
Elle avait peur.
Pour la première fois, je n’étais plus celui qui venait consoler quelqu’un.
J’étais celui qu’il fallait protéger.
Elle m’a emmené chez le vétérinaire.
Le verdict était simple.
J’étais vieux.
Pas condamné immédiatement.
Mais vieux.
J’avais besoin de repos.
De chaleur.
D’une routine.
Et surtout…
Je devais arrêter de passer mes journées à courir d’une porte à l’autre.
Je crois que c’est ce jour-là que Claire a compris.
Elle n’avait pas besoin de me posséder.
Elle devait prendre soin de moi.
Le soir, tout l’immeuble a appris que j’étais malade.
Madame Mercier a apporté une couverture.
Zoé a laissé un dessin.
Le petit garçon d’Élodie a dessiné un chat orange avec cinq pattes.
Marc a apporté un purificateur d’air.
Il a prétendu qu’il l’avait trouvé dans son garage.
Personne ne l’a cru.
Une nouvelle note est apparue sur le panneau :
« Moka se repose. Merci de ne pas le laisser sortir. Vous pouvez lui laisser des petits messages. »
Le panneau s’est rempli.
« Merci d’avoir tenu compagnie à maman. »
« Tu m’as fait sourire quand j’étais triste. »
« Désolé d’avoir dit que tu perdais trop de poils. »
Et Zoé a écrit :
« Même quand tu es fatigué, tu comptes encore. »
Claire est restée longtemps devant cette phrase.
Parce qu’elle pensait à son mari.
À toutes les fois où Julien avait eu besoin d’aide.
À toutes les fois où il s’était excusé d’être fatigué.
Et elle comprit enfin quelque chose.
L’amour ne consiste pas seulement à être sauvé.
Parfois…
L’amour consiste à savoir sauver celui qui nous a sauvés.





