Les mois ont passé.
Je suis devenu plus lent.
Mon pelage était moins épais.
Je dormais davantage.
Mais chaque matin, je trouvais encore la force de monter dans le fauteuil de Julien.
Claire, elle, avait commencé à s’y asseoir aussi.
Au début, elle n’osait pas.
Puis un matin, elle a pris la tasse de Julien.
Elle l’a lavée.
Elle l’a remplie de café.
Et elle s’est assise.
Elle pleurait.
Mais elle souriait aussi.
Je l’ai regardée.
Elle ne cherchait plus à préserver le passé.
Elle avait enfin recommencé à vivre avec lui.
Pas à la place de lui.
Avec son souvenir.
Un soir, Claire a trouvé une vieille lettre qu’elle avait écrite après la mort de Julien.
Elle l’avait oubliée dans un tiroir.
Elle disait :
« Je ne sais pas comment vivre dans cet appartement sans toi. Je ne veux pas d’une autre vie. Je veux celle que nous avions. Mais si je dois continuer… j’espère que quelque chose me trouvera. Une personne. Une raison. Une petite habitude. N’importe quoi. J’espère que quelque chose entrera dans cet espace vide et refusera d’en repartir. »
Claire a pleuré.
Puis elle m’a regardé.
Moi.
Le vieux chat roux qui était entré un jour dans sa cuisine sans permission.
Elle m’a serré contre elle.
— C’était toi…
Je n’avais rien à dire.
Je n’étais pas un miracle.
Je n’avais pas ramené Julien.
Je n’avais pas effacé son chagrin.
J’avais simplement trouvé une porte entrouverte.
Et j’étais entré.
C’était peut-être suffisant.





