Le lendemain matin, je me suis installé directement dans le fauteuil.
À côté de la vieille tasse de café de Julien.
Claire m’a trouvé là.
Elle s’est arrêtée au milieu du salon.
— Tu n’es pas lui…
Je l’ai regardée.
— Mais tu as rendu cette pièce moins vide.
Elle s’est approchée.
Pour la première fois depuis longtemps, elle a souri.
Un tout petit sourire.
Mais je l’ai vu.
C’est ce jour-là que j’ai compris quelque chose.
Je n’étais peut-être pas arrivé chez elle par hasard.
Quelques jours plus tard, une voisine appelée Madame Mercier est venue avec des friandises.
Elle connaissait tout le monde dans l’immeuble.
Elle connaissait aussi mon histoire.
Avant Claire, j’avais vécu près de la porte d’un vieux monsieur.
Avant lui, j’avais passé quelques jours auprès d’une jeune maman qui pleurait chaque soir après son divorce.
Madame Mercier a regardé Claire.
— Moka a toujours fait ça.
Claire a froncé les sourcils.
— Quoi ?
— Il va là où les gens sont tristes.
Claire a baissé les yeux vers moi.
— Alors c’est ça ?
Madame Mercier a souri.
— Certains chats cherchent de la nourriture. Celui-là cherche les gens qui ont oublié qu’ils avaient encore besoin d’amour.
Je n’ai rien dit.
Je suis un chat.
Je préfère laisser les humains tirer leurs propres conclusions.
Mais cette nuit-là, je ne suis pas rentré.
J’étais trop fatigué.
Trop vieux.
Je me suis caché près de l’escalier arrière.
Claire m’a cherché.
Madame Mercier aussi.
Un homme nommé Marc, qui habitait au bout du couloir, est même descendu avec une lampe.
Ils m’ont retrouvé derrière une vieille armoire.
Claire m’a pris dans ses bras.
— Viens, mon grand.
Je ne me suis pas débattu.
J’étais épuisé.
Elle m’a enveloppé dans un vieux sweat-shirt de Julien.
Il sentait encore légèrement le savon.
J’ai fermé les yeux.
Et j’ai ronronné.
Claire s’est mise à pleurer.
Cette fois, elle ne pleurait pas seulement parce qu’elle était triste.
Elle pleurait parce qu’elle avait enfin compris quelque chose.
Je ne pouvais pas réparer son chagrin.
Je pouvais seulement rester à côté.
Alors elle m’a acheté un vrai panier.
Deux gamelles.
Et un collier.
Sur la médaille, elle a fait écrire :
Moka.
Puis dessous :
Maison.
Je ne savais pas encore que ce petit mot allait provoquer une histoire dans tout l’immeuble.
Trois jours plus tard, un papier a été glissé sous la porte.
« Merci de garder votre chat dans votre appartement. Certains résidents ne souhaitent pas la présence d’animaux dans les parties communes. »
Claire l’a lu plusieurs fois.
Moi, je dormais dans le fauteuil.
Elle a regardé ma médaille.
Moka. Maison.
Puis elle a murmuré :
— Est-ce que tu es vraiment à moi ?
Je n’ai pas répondu.
Parce que la vérité était plus compliquée.
Je l’aimais.
Mais je savais aussi que je n’étais pas seulement son chat.
Il y avait d’autres portes.
D’autres silences.
D’autres personnes qui avaient besoin de quelqu’un.





