Deux ans après l’adoption de Mabel, son ours est presque entièrement constitué de fils.
Une oreille a disparu.
Le tissu s’est aminci.
J’ai déjà réparé plusieurs coutures avec du fil qui ne correspond même pas vraiment à sa couleur.
Mais Mabel continue de le porter jusqu’à son panier chaque soir.
Ce n’est plus une monnaie d’échange.
Ce n’est plus quelque chose qu’elle offre pour obtenir de l’affection.
C’est simplement un morceau de son histoire.
Quelque chose qui l’a accompagnée avant que je la rencontre.
Et qui continue de lui rappeler le chemin parcouru.
Je comprends cela beaucoup mieux maintenant.
Parce que moi aussi, j’ai mes propres habitudes.
Mes propres peurs.
Cette tendance à m’excuser immédiatement.
À expliquer trop longtemps mes décisions.
À vouloir apporter quelque chose avant d’oser demander une place.
Je vais mieux.
Je ne dirais pas que je suis complètement guérie.
Mais je vais mieux.
Et cela compte.
Un après-midi, une petite fille du voisinage est venue chez moi pour rapporter un colis livré par erreur.
Elle a aperçu Mabel.
— Je peux lui dire bonjour ?
— Bien sûr.
Mabel s’est approchée.
La petite fille s’est assise par terre.
Mabel a déposé son ours devant elle.
La petite fille m’a regardée.
— C’est pour moi ?
J’ai souri.
— Non. C’est son ours préféré.
La petite fille a hoché la tête très sérieusement.
Elle n’a pas essayé de le prendre.
Elle a simplement attendu.
Mabel a reniflé ses doigts.
Puis elle s’est assise à côté d’elle.
Après un long moment, elle a posé une patte sur son ours et s’est appuyée contre le genou de la petite fille.
La fillette a souri.
— Je crois qu’elle m’aime bien.
— Je crois aussi.
Elle est restée silencieuse un instant.
Puis elle m’a dit :
— Mon frère me donne ses biscuits quand il pense que je suis triste.
Cette phrase m’a bouleversée.
Je lui ai demandé :
— Et toi, tu lui donnes quelque chose ?
Elle a hoché la tête.
— Ma couverture bleue quand il a peur.
J’ai compris à cet instant que cette histoire dépassait largement Mabel.
Les êtres vivants ont parfois cette étrange habitude de se donner de petites choses pour se rassurer.
Un biscuit.
Une couverture.
Un jouet.
Une vieille peluche.
Un simple geste.
Comme pour dire :
« Je ne peux peut-être pas réparer ce qui te fait mal, mais je peux rester avec toi. »





