Quelques mois plus tard, j’ai participé à une journée d’adoption organisée par une association locale.
Ils voulaient attirer l’attention sur les chats adultes, parce que les visiteurs se dirigeaient presque toujours directement vers les chatons.
Mabel n’était pas là.
Elle aurait détesté cet endroit.
Et je respectais désormais ses limites.
J’avais simplement apporté une photo d’elle.
Et son ours.
Je l’avais posé à côté de la photo.
Les visiteurs le regardaient.
Certains souriaient tristement.
D’autres avaient les larmes aux yeux.
Un homme âgé s’est arrêté longtemps devant la peluche.
Il m’a raconté que sa femme avait gardé le même oreiller pendant des décennies après la mort de son premier mari.
— Je me moquais d’elle à l’époque, m’a-t-il dit. Maintenant, je pense que je n’aurais pas dû.
Plus tard, une petite fille s’est arrêtée devant la photo.
Elle a regardé l’ours.
Puis elle m’a demandé :
— Pourquoi elle donnait son ours si elle l’aimait ?
Je lui ai répondu :
— Parfois, lorsqu’on a peur de tout perdre, on offre la chose la plus importante que l’on possède.
Elle est restée silencieuse quelques secondes.
— C’est triste.
Oui.
C’était triste.
Mais c’était aussi terriblement humain.
Parce que nous faisons parfois la même chose.
Nous offrons notre temps.
Nous offrons notre aide.
Nous offrons notre patience.
Nous devenons indispensables.
Nous essayons de prouver que nous méritons de rester.
Et parfois, nous oublions simplement que nous avons le droit d’être aimés sans avoir à payer.
En regardant les chats adultes du refuge ce jour-là, j’ai compris une autre chose.
Nous voulons souvent que l’amour soit sans risque.
Nous voulons beaucoup de temps.
Nous voulons des garanties.
Mais aucune relation ne nous promet cela.
Ni avec un animal.
Ni avec un parent.
Ni avec un conjoint.
Ni avec un ami.
Nous savons tous que nous pouvons perdre ceux que nous aimons.
Et pourtant, nous aimons.
C’est peut-être justement ce qui donne du sens à l’amour.





