Le premier repas au milieu de la nuit
Cette nuit-là, j’éteignis les grandes lumières.
Il ne resta qu’une petite lampe dans un coin du salon, projetant de longues ombres ambrées sur les murs.
Je m’assis contre le mur opposé à leur cachette.
Et j’attendis.
Dehors, Rennes s’était calmée.
Puis je l’entendis.
Un léger bruit.
Le froissement sec de croquettes déplacées dans la gamelle.
Je retins mon souffle.
Mon cœur battait tellement fort que j’avais presque peur qu’ils puissent l’entendre.
Ils mangeaient rapidement, comme s’ils voulaient terminer avant que quelque chose ne vienne leur retirer leur repas.
Je bougeai accidentellement le pied.
Le bruit s’arrêta immédiatement.
Silence total.
Quelques secondes plus tard, ils recommencèrent.
J’ouvris sur mon ordinateur le formulaire de retour du refuge.
Je remplis presque la première partie.
Puis arriva la case :
« Motif du retour »
Le curseur clignotait.
Je regardai l’écran.
Puis le salon.
Les deux chatons étaient revenus vers leur gamelle.
Ils mangeaient côte à côte dans la pénombre.
À ce moment-là, j’ai fermé la page.
Je n’allais plus essayer de les « réparer ».
Je n’allais plus leur demander d’être prêts avant moi.
J’allais simplement rester.
Aussi longtemps qu’ils auraient besoin de moi.
Réorganiser mon monde pour eux
S’ils ne pouvaient pas encore entrer dans mon monde, j’allais modifier mon monde pour qu’ils puissent y entrer à leur rythme.
J’ai déplacé légèrement le canapé.
J’ai changé la disposition de la table.
J’ai créé de petits passages le long des murs afin qu’ils puissent traverser l’appartement sans avoir l’impression d’être exposés au milieu d’une pièce.
Quelques heures plus tard, j’ai aperçu quelque chose.
Du coin de l’œil, j’ai vu les premières petites pattes noires et blanches sortir de l’ombre.
Le chaton s’est arrêté.
Hésitant.
Puis son frère tigré l’a rejoint.
Ils sont restés côte à côte, observant la pièce.
Lorsque j’ai bougé la jambe, ils sont repartis.
Mais ce n’était plus la fuite paniquée des premiers jours.
Ils ne disparaissaient plus complètement.
Ils commençaient simplement à poser leurs limites.





