Sous le vieux porche
Le matin était froid et humide à Dijon, avec cette fraîcheur de fin d’automne qui s’infiltre jusque dans les poignets. Dans une rue tranquille, une vieille maison abandonnée semblait s’affaisser sur elle-même. Les marches du porche, rongées par l’humidité, menaçaient de céder sous le poids des années.
C’est sous ce porche, dans un espace sombre où personne ne regardait vraiment, que ma lampe torche a révélé deux petites silhouettes.
Deux chatons siamois, âgés d’environ dix semaines.
Leur pelage crème était légèrement humide. Leurs oreilles veloutées, leurs pattes sombres et leurs petits masques caractéristiques ressortaient dans la poussière.
Mais quelque chose m’a immédiatement frappée.
Ils ne cherchaient pas à fuir.
Ils étaient collés l’un à l’autre.
Le premier était recroquevillé tout au fond, tremblant, le visage à moitié caché. Le second, beaucoup plus courageux, avait placé son petit corps devant lui comme un véritable bouclier.
Leurs pattes se touchaient.
Ils semblaient s’accrocher l’un à l’autre comme si ce simple contact était la seule chose qui les empêchait de sombrer.
Une règle que je n’aurais jamais dû enfreindre
Dans le sauvetage animalier, une règle est essentielle : on sécurise un animal à la fois.
La sécurité passe avant tout.
Je me suis donc approchée du premier chaton, celui qui semblait le plus courageux.
Mais au moment où j’ai voulu le prendre, son frère a poussé un petit cri déchirant.
Ce n’était presque pas un miaulement.
C’était un cri de panique.
Le chaton tremblant ne s’est pas débattu. Au contraire, il s’est immobilisé d’une manière qui m’a inquiétée.
Comme s’il venait de disparaître intérieurement.
J’ai alors compris que les séparer à cet instant risquait de leur infliger un traumatisme supplémentaire.
J’ai décidé de faire autrement.
J’ai placé la caisse de transport sur le côté, au bord du porche. J’ai créé un petit passage avec une couverture thermique et posé ma main ouverte à l’entrée.
Je voulais que ma peau soit la première chose rassurante qu’ils rencontreraient.
Le petit courageux s’est avancé.
Puis il s’est retourné.
Il a tendu une patte vers son frère.
Il a attendu.
L’autre chaton lui a répondu par un petit contact de patte, comme une promesse silencieuse.
Et ensemble, ils ont avancé dans la caisse.
Leurs deux petits corps sont restés serrés l’un contre l’autre jusqu’à disparaître dans la chaleur de la couverture.





