Quelques centimètres de confiance
Chaque soir, je m’installais avec une tasse de thé sur la petite véranda.
Je ne l’appelais pas.
Je ne lui demandais rien.
Je laissais simplement la porte ouverte.
La deuxième nuit, elle apparut à l’entrée.
La troisième, elle s’allongea sur le sol.
Pas près de moi.
Mais suffisamment près pour me voir tout en gardant la possibilité de repartir.
C’était sa façon de dire :
« Je veux être là… mais j’ai encore besoin d’une sortie. »
Un soir, alors que je discutais avec ma responsable au téléphone, je sentis quelque chose toucher doucement ma cheville.
Je baissai les yeux.
Elle était derrière moi.
Elle avait avancé sans bruit.
Puis elle posa son petit nez contre ma jambe.
Une seule fois.
Et elle repartit.
Pour quelqu’un d’autre, cela aurait peut-être semblé insignifiant.
Pour moi, c’était énorme.
Elle venait de me montrer qu’elle pouvait faire confiance.
Mais uniquement à son rythme.
Réécrire son histoire
Je retournai devant mon ordinateur et supprimai les mots que j’avais utilisés auparavant.
Je ne voulais plus écrire « facile ».
Je ne voulais plus écrire « peu exigeante ».
Je ne voulais plus présenter cette chatte comme une solution idéale pour une famille à la recherche d’un animal immédiatement affectueux.
J’écrivis quelque chose de beaucoup plus honnête :
Chatte écaille de tortue, discrète et sensible. Elle construit sa confiance grâce à la répétition et aux habitudes. Elle apprécie les soirées prévisibles et un environnement calme. Elle choisit elle-même la distance à laquelle elle souhaite se tenir. Les mouvements brusques, les voix fortes et les portes fermées peuvent l’effrayer. Elle n’est pas destinée à une famille qui recherche immédiatement un chat câlin. Elle a besoin d’une véritable patience.
Les premières demandes arrivèrent.
Elles ressemblaient aux autres.
Puis un message différent apparut.
Il venait d’une femme appelée Élise, archiviste municipale.
Elle ne demanda pas :
« Est-elle câline ? »
Elle ne demanda pas :
« Est-ce qu’elle aime les enfants ? »
Elle posa une seule question :
« Qu’est-ce qui l’aide à ne pas avoir peur ? »
Je relus la phrase plusieurs fois.
C’était exactement la question que j’espérais voir.





