Le premier signe
La journée s’acheva lentement.
Le refuge retrouva peu à peu son calme.
On entendait le ronronnement de la ventilation, l’eau couler dans un évier au fond du bâtiment et, de temps en temps, l’aboiement solitaire d’un chien.
Je pris une couverture pliée et m’assis sur le sol près de la cage.
Je ne tendis pas la main.
Je ne secouai pas un sachet de friandises.
Je ne cherchais pas à la faire sortir.
Je voulais simplement être là.
Je ressentais de la colère contre la famille pendant quelques minutes.
Puis cette colère se retourna contre moi.
J’aurais dû comprendre.
J’aurais dû savoir qu’une chatte aussi silencieuse avait besoin de patience, pas d’attentes immédiates.
Je regardai la cage.
Puis je murmurai :
« Je suis désolé. »
Rien.
Pendant plusieurs secondes, rien ne se passa.
Puis j’entendis un tout petit son.
Ce n’était pas vraiment un miaulement.
Plutôt une réponse fragile.
La chatte avança lentement une patte.
Puis une deuxième.
Son visage apparut progressivement dans la lumière.
Et à cet instant, quelque chose changea.
Elle n’était pas « trop silencieuse ».
Je n’avais simplement pas encore appris à l’écouter.
Apprendre son langage
Le lendemain matin, la réalité du refuge reprit ses droits.
Nous étions presque complets.
Ma responsable consulta la liste des boxes puis se tourna vers moi.
« Il faut que tu me proposes rapidement une solution pour elle. Sinon, elle retournera dans la grande salle avant la fin de la semaine. »
Elle n’était pas cruelle.
Elle était simplement confrontée aux mêmes contraintes que nous tous.
Les places manquaient.
Les animaux arrivaient.
Les familles attendaient.
Et chaque box devait pouvoir accueillir un nouvel animal.
Je lui demandai alors qu’on me laisse quarante-huit heures pour observer réellement son comportement.
Cette fois, je ne voulais plus deviner.
Je voulais comprendre.
Je ramenai donc la chatte chez moi, dans mon appartement de la région lilloise, pour une courte période d’observation.
Pendant deux jours, je découvris qu’elle n’était pas une chatte « cassée ».
Elle était incroyablement attentive.
Elle ne parcourait pas l’appartement au hasard.
Elle le cartographiait.
Trois pas.
Arrêt.
Écoute.
Observation.
Puis encore trois pas.
Elle semblait vérifier chaque bruit avant d’accepter d’avancer.
Un rire provenant de l’appartement voisin la faisait disparaître.
Une cuillère tombée dans l’évier suffisait à la faire courir se cacher.
Elle pouvait rester plusieurs minutes à observer une simple porte.
Je commençai alors à parler à voix haute lorsque je me déplaçais.
« Je vais simplement chercher de l’eau. »
« Je vais dans la cuisine. »
« Je reviens. »
Peu à peu, elle comprit que mes mouvements n’étaient pas imprévisibles.
Et quelque chose d’étonnant se produisit.
Lorsque je lui parlais, elle restait parfois visible.
Elle me regardait.
Elle ne disparaissait plus immédiatement.





