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Avertissement : Je suis une particulière passionnée qui consacre son temps libre au sauvetage des chats. Les récits et conseils partagés ici sont issus de mon expérience personnelle sur le terrain et ne remplacent en aucun cas l’expertise d’un vétérinaire. En cas d’urgence ou de problème de santé de votre animal, veuillez toujours consulter un professionnel.

Le chat roux qui a appris à deux hommes à se retrouver

Puis un matin, Moka est arrivé cinq minutes en avance.

Et cette fois, il ne venait pas pour son petit rituel habituel.

Il frappait contre la porte comme s’il essayait de la défoncer.

Griffes.

Coups.

Un miaulement long et rauque.

Je me suis précipité vers l’entrée.

La cafetière venait à peine de commencer à fonctionner.

J’ai ouvert.

Moka n’est pas entré dans la cuisine.

Il a tourné sur lui-même.

A couru jusqu’au bout de l’allée.

Puis il est revenu vers moi.

Il a miaulé.

Et il est reparti.

— Hé !

Il s’est retourné.

Il me regardait comme si j’étais le dernier idiot du quartier.

Puis il a traversé la rue.

Je l’ai suivi.

La porte d’entrée de la maison de Marcel était entrouverte.

Cela m’a immédiatement inquiété.

Marcel était extrêmement soigneux.

Il fermait toujours les portes.

Les placards.

Les fenêtres.

Tout.

J’ai poussé doucement la porte.

— Marcel ?

Aucune réponse.

Moka a filé à l’intérieur.

Je l’ai suivi jusqu’à la cuisine.

Et je l’ai trouvé.

Marcel était allongé sur le sol, appuyé contre les meubles bas.

Une pantoufle avait glissé de son pied.

Sa robe de chambre était complètement froissée.

Il était conscient, mais très faible.

Son visage était pâle.

— Ben… dit-il difficilement.

Je me suis précipité vers lui.

— Vous êtes tombé ?

— Je crois.

— Depuis combien de temps êtes-vous là ?

Il a fermé les yeux quelques secondes.

— Je ne sais pas.

Moka tournait autour de nous, la queue battant nerveusement.

J’ai pris le poignet de Marcel.

Sa peau était froide.

— J’appelle les secours.

Il a essayé de protester.

— Pas besoin de…

— Trop tard.

J’ai couru chercher mon téléphone dans ma maison et je suis revenu immédiatement.

Pendant que je répondais aux questions du médecin régulateur, Moka continuait de pousser des miaulements furieux.

L’opérateur m’a demandé l’âge de Marcel.

J’ai dû réfléchir.

Je ne le savais même pas exactement.

Il m’a demandé s’il avait déjà fait des malaises.

Je n’en savais rien.

Il m’a demandé s’il vivait seul.

Moka a répondu à ma place par un miaulement particulièrement sonore.

Les secours sont arrivés quelques minutes plus tard.

Ils ont examiné Marcel.

Déshydratation.

Hypoglycémie.

Une possible légère commotion après la chute.

Ils ont décidé de l’emmener à l’hôpital pour le surveiller.

Une secouriste m’a demandé s’il avait de la famille.

Marcel a fermé les yeux.

Je me suis souvenu d’un papier fixé sur son réfrigérateur.

J’ai dit :

— Je crois qu’il a une fille.

— Vous croyez ?

Cette simple phrase m’a fait mal.

Huit années de voisinage.

Des mois de café partagé.

Des dizaines de visites de Moka.

Et je ne savais même pas si Marcel avait une fille.

Sur son réfrigérateur, j’ai retrouvé une feuille avec un prénom et un numéro.

Claire — portable.

Les secours l’ont appelée.

Moka s’est installé dans l’encadrement de la porte et a refusé de bouger.

Une secouriste a essayé de le caresser.

Il lui a donné un petit coup de patte.

— Oui, ai-je murmuré. Il passe une mauvaise matinée.

Je suis allé à l’hôpital avec Marcel.

Je ne savais pas vraiment pourquoi.

Peut-être parce qu’il me semblait impossible de le laisser seul.

Peut-être aussi parce que je réalisais enfin que cet homme n’était plus seulement mon voisin.

Il faisait partie de ma vie.

Dans la salle d’attente, tout avait cette odeur particulière des hôpitaux : café refroidi, désinfectant et inquiétude.

Une femme est arrivée environ quarante minutes plus tard.

Elle avait une quarantaine d’années, un jean, un pull gris et les cheveux attachés à la hâte.

Elle s’est dirigée vers l’accueil.

Puis ses yeux se sont posés sur moi.

— Vous êtes le voisin ?

Je me suis levé.

— Oui.

— Je suis Claire.

Elle avait les mêmes yeux fatigués que Marcel.

— Je suis Ben.

Elle semblait vouloir me remercier.

Mais sa première question fut :

— Depuis combien de temps était-il au sol ?

— Je ne sais pas. C’est Moka qui est venu me chercher.

Son expression a changé.

— Le chat ?

— Oui.

Elle a expiré doucement.

— Évidemment.

Un médecin est venu quelques minutes plus tard.

Marcel était stable.

Il devait rester sous surveillance.

Claire a enfin relâché ses épaules.

Puis elle a murmuré :

— Je lui répète depuis des mois qu’il ne peut plus vivre complètement seul.

Je n’ai rien dit.

— Il vous a dit qu’il oubliait certaines choses ?

— Non.

— Qu’il avait laissé la cuisinière allumée le mois dernier ?

J’ai senti mon estomac se nouer.

— Non.

— Qu’un dimanche, je suis venue parce qu’il ne répondait plus au téléphone et que je l’ai retrouvé endormi dans son jardin ?

Je secouai la tête.

Claire s’est frotté le visage.

— Il ne veut pas admettre qu’il a besoin d’aide.

Je comprenais.

Parce que j’avais été exactement pareil après la mort de Claire.

Je m’étais convaincu que mon isolement était une forme de force.


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