Le pianiste n’est plus jamais seul
Elle a essayé de déplacer sa main.
Je me suis déplacé avec elle.
Elle a essayé de se lever.
Je me suis installé sur les pédales.
Elle a refermé le couvercle pour m’empêcher de monter.
Je me suis assis dessus.
Et j’ai attendu.
Longtemps.
Très longtemps.
Je la regardais avec une patience absolue.
Finalement, elle a rouvert le piano.
J’ai repris ma place.
C’était devenu notre arrangement.
Elle jouait.
Moi, j’écoutais.
Mais je ne me contentais pas de tolérer sa musique.
Je la ressentais.
Lorsque les mélodies étaient lentes et douces, mes yeux se fermaient à moitié.
Ma respiration ralentissait.
Je pressais mon corps chaud contre son bras.
Je sentais les vibrations passer des touches à son corps, puis jusqu’au mien.
Lorsque la musique devenait plus rapide, je relevais la tête.
Je suivais ses doigts.
Chaque mouvement.
Chaque note.
Chaque changement de rythme.
Et lorsqu’elle faisait une erreur…
Je ne partais jamais.
Je la regardais simplement.
Comme pour lui dire :
« Recommence. Je t’écoute. »





