La première chose que j’ai vraiment remarquée, c’était la nourriture.
Quand une gamelle apparaissait devant moi, je mangeais immédiatement.
Sans réfléchir.
Sans prendre mon temps.
Je mangeais comme si quelqu’un allait soudainement retirer la nourriture.
Comme si ce repas pouvait être le dernier.
Je ne savais pas encore que, dans cette maison, personne n’allait me laisser mourir de faim.
Mais comment aurais-je pu le savoir ?
Mon ventre ne connaissait pas encore la sécurité.
Mon corps, lui, se souvenait seulement du manque.
Mes humains ont aussi découvert l’état de mon pelage.
De grosses touffes de poils étaient complètement emmêlées et formaient des nœuds serrés.
Ils ont compris qu’il fallait retirer délicatement ces parties de fourrure devenues trop difficiles à supporter.
Alors ils ont commencé à me raser doucement.
Je suis resté immobile.
Petit à petit, les grosses masses de poils ont disparu.
Et lorsque mon corps s’est enfin retrouvé débarrassé de ces nœuds, j’ai ressenti quelque chose d’étrange.
Comme si un poids invisible venait de quitter mes épaules.
Pourtant, même avec ce soulagement, je ne savais toujours pas comment vivre autrement.
Je suis retourné dans ma litière.





