Il y a des rencontres que l’on oublie dès le lendemain.
Et puis il y a celles qui changent quelque chose en nous pour toujours.
La mienne s’est produite au détour d’un sentier forestier, alors que je promenais mon chien par une matinée calme.
Je traversais un passage bordé d’arbres lorsque mon chien s’est soudain arrêté.
La laisse s’est tendue.
— Qu’est-ce que tu as trouvé ?
Il fixait un endroit précis dans les feuilles mortes.
J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un vieux morceau de tissu orange.
Puis j’ai entendu un bruit.
Un souffle faible.
Presque imperceptible.
Je me suis approchée.
Et mon cœur s’est serré.
Dans l’herbe se trouvait une minuscule chatte rousse.
Elle était si maigre que ses os semblaient vouloir traverser sa peau. Son pelage était sale, collé par endroits, et ses yeux étaient complètement recouverts de croûtes et de sécrétions.
Elle ne s’est pas enfuie.
Elle n’a même pas essayé.
Elle était simplement allongée là, comme si elle avait déjà accepté que personne ne viendrait.
Je me suis agenouillée.
— Coucou, ma petite… Je suis là.
Ses oreilles ont à peine bougé.
J’ai tendu la main.
Aucune réaction.
C’est à cet instant que j’ai compris quelque chose de terrible : elle n’était pas calme. Elle était épuisée au point de ne plus avoir la force d’avoir peur.
Un poids presque irréel
Lorsque j’ai glissé mes mains sous son petit corps, j’ai eu l’impression de soulever une poignée de feuilles.
Elle était incroyablement légère.
Son corps tremblait contre moi.
Je l’ai enveloppée dans ma veste et je suis rentrée aussi vite que possible.
À la maison, je l’ai déposée dans un panier recouvert d’une couverture.
Je voulais regarder ses yeux, mais les croûtes étaient tellement épaisses qu’on distinguait à peine son visage.
Mes mains tremblaient.
— Attends… je vais m’occuper de toi.
J’ai préparé de l’eau tiède et commencé à nettoyer délicatement son visage.
Petit à petit, les croûtes se sont ramollies.
Un minuscule œil est apparu.
Puis l’autre.
Mais elle était tellement faible qu’après quelques minutes, elle s’est rendormie.
Je suis restée assise à côté d’elle.
Je ne savais même pas si elle passerait la journée.
Alors, presque machinalement, je lui ai donné un nom.
Nugget.
Parce que malgré son état, cette petite boule de poils orange avait quelque chose de précieux.
« Je ne pense pas qu’elle passera la nuit »
Le soir venu, ma belle-sœur est venue voir la petite rescapée.
Nous étions toutes les deux penchées au-dessus du panier.
Nugget respirait difficilement.
Elle ne bougeait presque plus.
Ma belle-sœur a gardé le silence quelques secondes avant de murmurer :
— Tara… je ne pense pas qu’elle passera la nuit.
Ces mots m’ont frappée de plein fouet.
Je savais qu’elle avait probablement raison.
Mais je refusais de partir dormir.
J’ai installé une petite lampe près du panier.
Toutes les heures, je me levais.
Je regardais son ventre.
Une inspiration.
Puis une autre.
Je posais doucement un doigt contre son petit corps pour sentir qu’elle était toujours là.
— Allez, Nugget… reste avec moi.
La nuit semblait interminable.
À plusieurs reprises, j’ai cru que son souffle allait s’arrêter.
Puis l’aube a commencé à éclairer les fenêtres.
Je me suis approchée du panier une dernière fois, le cœur noué.
Et soudain…
Nugget a bougé.
Sa petite tête s’est soulevée de quelques centimètres.
J’ai retenu mon souffle.
Elle me regardait.
Pour la première fois.
— Tu es encore là…
J’ai éclaté en sanglots.
Elle venait de gagner sa première bataille.





