La rencontre avec mon chien
Lorsque je suis finalement rentré chez moi, mon chien était déjà devant la fenêtre.
C’est un croisé border collie qui remarque absolument tout.
Et surtout les nouvelles odeurs.
J’ai donc installé le chaton dans une zone calme de la salle de bains.
Lumière tamisée.
Serviette chaude.
Eau et nourriture à proximité.
Pas de bruit inutile.
La première rencontre avec mon chien était tendue.
Le chaton était très bas sur ses pattes, le corps contracté par la fatigue.
Mon chien s’est approché doucement.
Il a reniflé.
Puis il a fait quelque chose qui m’a surpris.
Il s’est assis.
Tout simplement.
Comme s’il avait compris que, face à une créature aussi petite et fragile, rester immobile était la meilleure façon de dire :
« Je ne te veux aucun mal. »
Cette nuit-là, je me suis assis sur le carrelage froid de la salle de bains.
Je n’ai pas essayé de toucher le chaton.
Je l’ai laissé décider.
Le silence a fait le reste.
Après un long moment, j’ai entendu un petit bruit derrière la porte.
Grattement… grattement…
Il ne cherchait pas à s’enfuir.
Il semblait demander la permission d’exister dans le reste de la maison.
J’ai ouvert.
Je me suis assis par terre.
Il a avancé.
Une minuscule patte après l’autre.
Jusqu’à ce que la distance entre nous disparaisse complètement.
Le prix professionnel de la compassion
Le lendemain matin, la réalité m’attendait au travail.
Le bureau de mon responsable sentait le café et le toner.
Les stores étaient à moitié fermés.
Sur son bureau, il avait posé la plainte du responsable de l’entrepôt.
J’avais créé un risque.
J’avais bloqué une zone de livraison.
J’avais agi sans suivre la procédure habituelle.
La sanction était claire.
Il fallait désormais éviter que mes affaires personnelles interfèrent avec mon travail.
Il fallait remettre l’animal aux personnes compétentes.
En sortant du bureau, je me suis rendu compte que cette histoire dépassait largement ce petit chat.
Pendant des années, j’avais toujours choisi la solution la plus sûre.
Ne pas trop m’attacher.
Ne pas compliquer les choses.
Ne pas prendre de risques.
Garder mes distances.
Mais ce minuscule animal avait fait tomber quelque chose en moi.
Je réalisais que vouloir éviter toutes les situations compliquées revenait parfois à passer à côté de sa propre vie.





