Comprendre le langage de la peur
Pendant ces 72 heures, j’ai dû réapprendre à observer.
Je me suis installée sur le sol, le dos contre le mur, les mains posées sur mes genoux.
J’ai arrêté de chercher son regard.
J’ai commencé à observer les détails.
La tension de ses moustaches.
La dilatation presque imperceptible de ses pupilles.
La façon dont ses oreilles suivaient chaque bruit provenant de la buanderie.
J’ai compris quelque chose d’essentiel.
Rivet n’avait pas réellement peur de mon visage.
Il avait peur de l’imprévisibilité des mains humaines.
Alors j’ai utilisé une simple bande de tissu.
Pas de friandise.
Pas de jeu forcé.
Pas de tentative pour l’attirer.
Je déposais simplement le tissu devant sa cage, puis je m’éloignais.
Le deuxième jour, j’ai remarqué qu’il avait bougé le tissu.
Il l’avait probablement testé avec une petite patte pendant mon absence.
Puis, plus tard, il s’est avancé jusqu’à la moitié de la cage alors que j’étais encore dans la pièce.
Je suis restée immobile.
Il n’a pas paniqué.
J’ai écrit dans son dossier, les mains légèrement tremblantes :
« S’est approché de l’avant de la cage en ma présence. Aucune panique. »
C’était une petite victoire.
Mais pour moi, c’était énorme.
Pour la première fois depuis des mois, j’avais l’impression de ressentir quelque chose qui ressemblait à de l’espoir.
La révélation sur le parking
Malgré ces progrès, une mention apparut à côté du nom de Rivet sur le tableau :
Transfert anticipé.
Le système avançait plus vite que mes 72 heures.
Ce soir-là, après mon service, je suis restée longtemps assise dans ma voiture.
Je regardais le volant.
Je n’avais plus envie de bouger.
Puis j’ai murmuré :
— Et si j’étais simplement arrivée au bout ?
Mon téléphone a sonné.
C’était une collègue.
Elle m’a expliqué que si je voulais vraiment donner une chance à Rivet, je devais devenir sa famille d’accueil immédiatement.
Le soleil commençait à disparaître lorsque j’ai signé les documents.
Mon appartement était à l’image de mon épuisement.
Petit.
Silencieux.
Presque vide.
J’avais cessé d’acheter des meubles ou des objets décoratifs parce que je ne voulais plus avoir l’impression de m’installer dans une vie qui ressemblait à une salle d’attente.
J’ai porté Rivet à l’intérieur.
Lui et moi étions terrifiés par ce nouveau silence.





